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Per Björkegren

Sogeti Suède
Expert SOA & Architecture d'entreprise

J’ai l’habitude de me présenter comme spécialiste en stratégie informatique et business developer. Quand vous réunissez les deux, ça donne architecte d’entreprise. Et le plus drôle dans l’histoire est qu’en fait je suis titulaire d’un diplôme d’architecte bâtiment et paysager !

En fait, l’architecture orientée services (SOA) dont on parle tant aujourd’hui est ce que je cherche à promouvoir depuis plus de dix ans. Pour moi, ça n’a rien de nouveau, mais c’est aujourd’hui seulement que le phénomène décolle. J’ai commencé ma carrière d’architecte en 1996 quand le Groupe Capgemini a mis en place un suivi de carrière pour les architectes. À l’époque nous étions très orientés business dans notre raisonnement architectural et c’est ce que l’on voit revenir aujourd’hui. Mais l’architecture a toujours compté parmi les enjeux principaux. Au même moment, nous nous sommes concentrés sur la notion d’intégration, non seulement l’intégration de systèmes, mais aussi de sociétés entières et de process, ce qui est exactement l’objet de la SOA. Comme cela fait un certain temps que j’en parle, il était naturel que je sois impliqué à titre de contributeur dans la rédaction de l’ouvrage SOA for Profit*, publication récente de Sogeti.

Pour moi, le principal objectif de la SOA est de créer une entreprise flexible et dynamique. Cela commence par la définition des « pièces de Lego » de votre activité, puis il s’agit de faire en sorte que l’informatique soit le reflet de cette structure, et alors on devient flexible. Rien de très compliqué… en apparence, mais en fait cet exercice est très difficile et la plupart des entreprises mélangent les deux systèmes. Mais aussi longtemps que perdurent d’une part une structure métiers et d’autre part une structure informatique, cette dernière sera toujours un frein au changement affectant les métiers.

Il faut d’abord partir de l’approche métier pour bâtir ensuite l’architecture qui va avec, c’est crucial.

C’est ce que j’appelle la structure Lego du business. Comme architecte, j’appelle ça une structure de domaine, mais pour les non-architectes, ça ressemble à des Lego. Au lieu de bâtir à partir de très grands ensembles préfabriqués, on utilise de petites pièces. Tout le principe est là.

Si l’on considère un business quelconque, il doit être capable d’évoluer de façon stratégique et tactique, et puis il y a la gestion au quotidien, donc il faut être flexible à tous les niveaux. Le principal enjeu, en informatique, c’est la flexibilité au niveau tactique – en d’autres termes, la possibilité de faire évoluer le système par petits bouts. Mais il faut conserver à la fois une vision stratégique et une vision de l’opérationnel quotidien. Voilà le défi de la SOA : rendre la structure vraiment rentable pour l’entreprise.

Quand on parle d’architecture d’un point de vue informatique, la plupart des gens s’imaginent qu’il s’agit de la structure que l’on met en place alors qu’en fait c’est la façon d’aller construire cette structure. Il est vraiment important de ne pas se tromper sur ce point. Le rôle de l’architecte est de comprendre la structure existante et de proposer un schéma d’arrivée, mais l’architecture est finalement la cible en soi. L’architecture, ce sont les pensées, les desseins, les idées. Mais une fois appliquées, ils ne sont plus de l’architecture mais le résultat du procédé d’architecture. La plupart des gens ne pensent pas en ces termes, donc je passe mon temps à marteler le message car je pense qu’il est important que les gens comprennent.

J’ai vraiment l’impression d’être un missionnaire dans ce domaine. J’ai effectué un travail de sensibilisation sur ces problématiques en Suède et c’est à peu près la même histoire où que j’aille en Europe. On a l’impression que je parle de quelque chose de nouveau, alors qu’en fait il n’en est rien. Si vous observez des vendeurs tels qu’IBM et Microsoft, ils sont axés sur la technologie mais ils n’ont pas ce discours sur l’architecture. J’ai donc besoin d’aide ! Il y a deux ans, j’ai dit à mon DG : « Nous avons besoin de plus d’architectes ». Aujourd’hui, ce que je dis c’est plutôt que

« Nous avons besoin de mieux réfléchir du point de vue de l’architecture ».

Si tout le monde raisonnait de la même façon, alors on n’aurait pas tous ces problèmes.

Je saisis chaque opportunité de communiquer sur la SOA : à travers des séminaires, un blog que j’ai créé, notre argumentaire de vente, tout est prétexte à parler de SOA ! En outre, au mois de mars l’année dernière, nous avons lancé un programme interne d’architecture d’entreprise baptisé SEAN (pour Sogeti Entreprise Architecture Network). Nous avons sélectionné 11 de nos meilleurs professionnels pour qu’ils se forment à l’architecture. Je les appelle mes disciples ! L’objectif principal est de les entraîner à travailler ensemble sur les projets, ce qui vaut beaucoup mieux que n’importe quelle formation théorique. Ils me voient travailler et parler business avec nos clients, et alors ils comprennent tout l’intérêt de la chose !

Ne plus penser en termes d’outils informatiques, voilà l’astuce.

Je suis capable d’aller voir entreprise et, en très peu de temps, d’amener mes interlocuteurs à parler des changements qui affectent leurs métiers. Mais je n’ai pas de badge qui dise que je suis un expert du secteur bancaire ou de l’industrie du papier… je suis simplement intéressé par le business. Quand, disons, une banque cherche un architecte et qu’elle souhaite que ce dernier ait une grande expérience du secteur bancaire, elle se trompe. Car si votre expérience provient d’autres secteurs, alors vous apportez une vision comparatiste bien plus fertile. Si un client a déjà un certain degré de maturité sur la question, alors il voit immédiatement le profit à tirer d’une expérience trans-sectorielle. Mais s’il pense avoir la science infuse, alors je ne veux même pas en entendre parler… question de maturité !

Quelle est mon approche ? Je suis en général le premier à arriver chez un nouveau client, pour travailler sur les questions de stratégie. C’est là que se noue une nouvelle relation d’affaire durable. L’essentiel est de conserver une approche orientée métiers dans l’architecture d’entreprise. Voilà pourquoi nous mettons un point d’honneur à maîtriser le langage même du client, et c’est là que sa confiance s’installe.

Ma mission est d’influencer le client de telle façon qu’il se mette à réfléchir dans la bonne direction. L’idéal, c’est d’avoir le client lui-même qui parte spontanément dans la bonne direction. Mais, la plupart du temps, les grandes entreprises ont tendance à se décharger littéralement du problème en nous le confiant : « à vous de le régler » ! Mais ce n’est pas la bonne façon de procéder. Un grand nombre d’entreprises suédoises appartiennent encore au secteur secondaire. Les services n’arrivent qu’en seconde position. Mais pour peu qu’il y ait un impératif de cadence de production, alors il faut bien définir un planning a minima. Et si ce concept parvient à s’incruster, alors il bouleverse totalement la façon d’envisager le système d’information. Et c’est alors que je suis content. Ma passion, c’est d’apporter les meilleures solutions aux clients.

 

* SOA for Profit, Guide du manager pour une architecture orientée services réussie, co-écrit par une équipe internationale de spécialistes de la SOA de Sogeti et d’IBM, sous la direction de Martin van den Berg, Norbert Bieberstein et Erik van Ommeren, Sogeti, 2007. ISBN 9075414188.