guillemetL'équipe de France s'est arrêtée en demi-finale, mais l'équipe Sogeti a assuré jusqu'au bout le succès de la Coupe du monde de rugby.guillemet

Jacques Benassis

Sogeti France, Directeur technique &
Directeur du projet Coupe du monde
de rugby 2007

Le projet Coupe du monde rugby 2007 a été une expérience extraordinaire, non seulement pour moi en tant que directeur de projet, mais également pour la plupart des gens qui y ont été associés. Sogeti et Capgemini, sponsors officiels du tournoi, avaient uni leurs forces pour fournir les systèmes d’information de l’événement.

La tâche était énorme, une aventure informatique à plusieurs dimensions,

y compris : la conception, le design et la maintenance des sites officiels de la Coupe du monde de rugby 2007 (www.irb.com et www.france2007.fr) ; la mise en place des systèmes de décompte des points et de statistiques ainsi que leur transmission à la télévision, sur internet et sur les téléphones mobiles ; mais aussi l’intégration des outils, la planification logistique et l’administration du tournoi ; et bien sûr les services d’information nécessaires pour permettre aux 4 000 journalistes accrédités de travailler dans leurs stands et aux centres de presse.

Compte tenu de notre réseau très développé et de nos capacités de déploiement, c’est à Sogeti qu’on a confié l’installation et la maintenance des matériels et applications dans les 12 stades – répartis entre dix villes françaises, une au Pays-de-Galles, et une en Écosse –, ainsi que dans les centres du comité d’organisation du tournoi. Et c’est à moi qu’on a confié la responsabilité de faire en sorte que tout cela fonctionne.

J’ai commencé en septembre 2006, tout seul dans mon coin et à partir de rien. Les seules données connues à l’époque étaient les dates-clés du tournoi : le match d’ouverture, le 7 septembre 2007, et le match de clôture, le 20 octobre. C’est le seul projet auquel j’aie été associé qui ait eu une date de fin si clairement définie. Et dès le départ, la pression sur les délais a été énorme.

Le premier mois, j’ai visité tous les stades, pour en comprendre à chaque fois la structure physique et logistique, pouvoir définir l’architecture de réseau requise, et déployer l’équipement adéquat. Par exemple l’endroit où mettre les câbles réseau, la présence ou non de prise dans les vestiaires, les endroits où connecter les PC… J’ai fait un inventaire des infrastructures à mettre en place et me suis mis à définir les paramètres et la configuration du projet. Puis j’ai réuni les équipes de Sogeti, sélectionné des spécialistes au sein de Sogeti IS, Sogeti Régions et Sogeti UK pour chaque ville, et défini les procédures à suivre.

L’équipe a ensuite commencé à réfléchir au réseau qu’il faudrait mettre sur pied et à la configuration de chaque stade. Nous avons eu des discussions avec le Comité d’organisation au sujet de leurs besoins en communication, du nombre de PC requis aux guichets, pour les ressources humaines, pour l’organisation des équipes, etc. Quels types de PC ? Quels logiciels ? Nous avons établi un master. Puis nous avons planifié le déploiement de tous ces équipements dans chaque région. À cinq, cela nous a pris quatre mois.

La troisième phase nous a pris quatre mois supplémentaires et a impliqué une vingtaines de personnes. Nous avons réalisé les ‘masters’ puis nous nous sommes lancés pour faire face à la somme de défis qui se présentaient : gérer la logistique, assurer le service dans les temps, régler les problèmes de données, installer les appareils réseau… Nous avons dû faire face à toutes sortes de problèmes, évidemment celui d’une date buttoir absolue mais aussi ceux qui résultaient de l’interaction d’organisations différentes dotées de cultures différentes : Sogeti, Delta 3, Capgemini, Orange et le Comité d’organisation de la Coupe du monde.

Pour tout le monde, ce fut un saut dans l’inconnu. Aucun d’entre nous n’avait jamais participé à un tel projet. Pas de système hérité, aucune procédure à reprendre. Mais tout le monde a donné le meilleur de lui-même. Et ça a créé une atmosphère de complicité fantastique;

l’information circulait, un centre de support a été créé, toutes les équipes ont fait le maximum et fin août, deux semaines avant l’ouverture officielle du tournoi, nous avons réalisé notre dernier essai avec un match amical entre la France et l’Angleterre à Marseille. Deux équipes support locales étaient impliquées, une à Paris et une à Marseille. On a pu tout tester et tout s’est vraiment très bien passé.

Il n’empêche, une question restait en suspens : est-ce que tout se déroulerait comme prévu dès le début du tournoi ? Nous n’avions que cinq jours pour relier 600 PC et 200 ordinateurs portables. Les 12 équipes situées dans les 12 villes d’accueil seraient-elles à la hauteur ? La pression montait… Un vrai cauchemar ! Le monde entier nous regardait, les attentes étaient considérables, le temps filait à toute allure, et j’étais le chef du projet…

Le succès du match d’ouverture a donné le ton pour le reste du tournoi. Toutes mes 12 équipes, y compris la mienne – 70 personnes en tout aujourd’hui – ont fait un travail extraordinaire. 48 matchs au total, jusqu’à 4 par jour de tournoi. Et pas une anicroche. Au fur et à mesure que l’on a avancé dans le tournoi, tout est devenu plus facile et notre confiance a augmenté de jour en jour. Et nous sommes allés en finale ! L’équipe de France s’est peut-être arrêtée en demi-finales, mais l’équipe Sogeti a tout gagné jusqu’au bout!

Quand le coup de sifflet final a retenti et que les derniers comptes rendus de match et interviews ont été transmis, mon job avait également pris fin. Et malgré le succès, je me suis senti déprimé.

Une année entière de construction, de travail en équipe, de partage de nos connaissances, de nos expériences et de nos émotions – tout a disparu dans le même instant. Les contacts s’étaient mués en amitiés.

Et maintenant chacun est reparti de son côté. Fin du projet, chacun chez soi. Quand j’y repense, j’ai énormément appris sur ce projet. Ce n’était pas un projet classique, mais quelle excitation ! Une expérience énorme, que je n’aurais manquée pour rien au monde.